II. "Partir où personne ne part" (1969)

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II. "Partir où personne ne part" (1969)

Message  Quichotte le Mer 12 Juil - 18:16

Petit retour en arrière.
Juste avant la fin de mes études, j’apprends que deux copains de cours, Claude et Yves, veulent entreprendre, en voiture, un grand et long voyage. Faire un périple qui les emmènerait, ni plus ni moins, jusqu’à Kaboul en Afghanistan ! Comme le voyage doit durer deux mois et demi, l’un d’eux, Claude, veut absolument qu’une fille les accompagne également…! Lors d’une de ses sorties nocturnes, il en rencontre une qui travaille dans un bar. Comme c’est une destination à la mode, elle est tout de suite emballée par le projet.

Ils sont maintenant trois et il en manque un quatrième. Je ne sais pas pourquoi ils pensent à moi. Sans doute, suis-je sur leur liste et d’autres ont déjà refusé ? Toujours est-il qu’ils me proposent de partir avec eux ! J’hésite. C’est une grosse expédition, je ne les connais pas si bien que cela… Mais c’est quand même l’occasion ou jamais… Je réfléchis. OK. J’accepte !

Nous nous rencontrons tous les quatre. Je découvre la fille. Elle s’appelle Antoinette ! Elle a l’air sympa. L’ambiance est chouette. C’est l’excitation de la préparation. Les guides, les cartes, l’itinéraire… Avec deux voitures, des Renault 4L, nous devrons d’abord traverser l’Europe jusqu’en Turquie. Puis ce sera la visite de l’Iran et enfin de l’Afghanistan.
Je viens d’avoir 22 ans.

Le départ est prévu pour la mi-juillet. Je dois donc absolument réussir mes examens en première session ! OK. C’est fait. Nous sommes en 1969. Comme nous ne voulons absolument pas manquer, à la télé, les « premiers pas de l’homme sur la lune », le départ est postposé au 22 juillet. Ce sera mon voyage à moi dans la lune !

Après l’Allemagne, l’Autriche, la Yougoslavie et la Bulgarie, nous entrons, trois jours plus tard, en Turquie. Arrivée à Istanbul. Il pleut. Un vrai temps de Belgique. Cela me met de mauvaise humeur. Le soir, un de mes deux copains de voyage, Yves, veut voir le quartier chaud. C’est un quartier fermé. On y pénètre par une porte qui bloque l’entrée d’une rue. Au-delà de cette porte, j’ai une vision inimaginable. Une foule d’hommes se pressent devant des espèces de boutiques dans lesquelles je découvre, agglutinées, des femmes pratiquement nues. Régulièrement, des hommes y entrent, choisissent et montent à l’étage. Je n’avais, bien évidemment, jamais vu cela !

Le jour suivant, nous visitons les sites touristiques classiques (Sainte Sophie etc…), puis nous partons pour Ankara. Le long de la route, des buffles et des carcasses de voitures accidentées abandonnées ! Particulièrement rassurant ! Il est vrai que, jusqu’à présent, je n’ai jamais visité que quelques pays européens. Je découvre aussi l’extrême pauvreté.

Le plan cul que Claude avait élaboré avec Antoinette va vite tomber à l’eau ! Un seul « crac- crac » entre eux à Ankara, puis une très grosse dispute et ce sera ensuite terminé pour le restant du voyage…qui ne fait que commencer ! Pauvre Claude !

Dans le nord, au bord de la Mer Noire, je suis touché par la misère de ces gosses, Antoinette également. Par contre, Yves et Claude semblent plus indifférents. Tout au long du voyage, je découvrirai deux façons assez différentes d’appréhender tout ce que nous vivrons. Yves et Claude, de manière plus rationnelle et intellectuelle, Antoinette et moi, de manière plus émotionnelle.

Sur la route, nous nous partageons les deux voitures. Antoinette ne sachant pas conduire et les deux autres n’ayant souvent pas trop envie de lui faire la conversation, c’est moi qui me la tape ! A petite dose, ça va. Elle n’a aucune culture. Ce qui provoquera souvent la risée des deux autres. Mais c’est une gentille fille, pas très maligne.
Avec elle, au moins, je peux rire… J’apprends aussi à la connaître. Elle me raconte sa vie, pas toujours très drôle. Elle est touchante.

Généralement, nous faisons du camping et n’allons à l’hôtel que si ce n’est pas possible de camper. Un peu avant la frontière iranienne, nous dressons les deux tentes. Durant la nuit, je suis réveillé par les cris d’Antoinette. Deux hommes sont entrés dans sa tente...!

Après avoir longé le mont Ararat, au sommet duquel Noé se serait réfugié avec son arche (!), nous pénétrons en Iran. Nous sommes le 1er août. Le paysage est montagneux et désertique. Parfois, une rivière et un oasis avec de l’herbe et quelques arbres.

Arrivée à Téhéran.
Je suis étonné de découvrir une ville assez bien européanisée : De grands panneaux publicitaires le long des artères principales, des avenues avec des boutiques de luxe, un camping avec piscine pour les touristes, une chaîne de télévision en anglais, toutes les boissons européennes : bière, whisky, soda,… Dans le haut de la ville, un quartier entier plein de grosses villas. Partout, il y a des photos du Shah. Les iraniens conduisent comme des malades. Est-ce qu’il y a un code de la route ? Sinon, ils sont plutôt doux et affables.

Dix ans plus tard, lors de la révolution islamique et de l’arrivée de Khomeiny, quand je découvre leur capacité à la violence, je ne les reconnaîtrai absolument pas.

Ensuite, voyage vers le nord, vers la Caspienne. Entre le bord de la mer et Téhéran, il y a brutalement 10° de différence. Nous sommes invités par un iranien dans sa superbe villa hyper luxueuse. C’est un ancien ministre de la justice. Nous sommes reçus comme des rois. Cuite à la vodka ! Cela fait du bien de retrouver un peu la « civilisation » et un certain confort.
Un confort qui ne durera pas. Quelques jours après, sous la tente dans des dunes, nous nous réveillerons entourés par de gros cochons.

Après une semaine passée à Téhéran et ses environs, nous partons pour l’Afghanistan. Mais Téhéran restera en quelque sorte notre port d’attache par lequel nous passerons plusieurs fois.

La route est abominable. Des centaines de kilomètres de tôle ondulée, de pierrailles et de poussière. Une poussière qui est projetée sur le pare brise chaque fois que nous croisons une voiture ou un camion. Un calvaire. Le soir, nous sommes tout gris de poussière.
Nous nous arrêtons chez un paysan et lui demandons l’autorisation de planter nos tentes dans son champ. Mais il insiste pour que dormions dans sa maison. Une maison en torchis. Il a plusieurs enfants. Malheureusement, une grosse turbine nous empêche de dormir !

Le lendemain, c’est toujours cette effroyable piste. Parfois, il faut traversé des gués.

Dans la jolie petite ville de Meched, un peu avant la frontière afghane, nous faisons la connaissance de David, un anglais. Il voyage en stop. Il nous accompagnera jusque Kaboul. Il me permettra d’améliorer mon anglais ! Nous sympathisons aussi avec deux étudiants iraniens de notre âge, Mohamed et Karim.
Nous croisons de plus en plus de « beatniks ». Des français, des anglais,…nous sommes sur la route du hachisch ! Je fume mon tout premier joint ! Nous sommes le 15 août.

Le passage de la frontière afghane est un calvaire. A raison d’un passeport vérifié toutes les demi-heures, nous y restons deux jours ! Nous dormons à la belle étoile avec des beatniks. Mais où sommes-nous ?

Les deux douanes enfin franchies, nous nous arrêtons dans un resto au bord de la route. Enfin, peut-on appeler cela un resto ? Comme repas, il y a, dans une gamelle en fer, un bouillon hyper gras et sur une petite soucoupe un morceau de bouilli séché plein de graisse et avec un petit morceau de pain qui croque et… du thé ! Un type de repas qui se répètera assez régulièrement…

La route en béton qui traverse tout le pays, par le sud, a été construite pour la moitié par les américains, et pour l’autre moitié par les russes. Deux chaînes de montagnes de part et d’autre de la route. Le désert. Rien ne pousse. Très peu de voitures. Parfois une caravane de chameaux. Régulièrement, nous tombons sur un poste de contrôle. Il n’est pas signalé. Nous le repérons juste de loin. Pour toute barrière, un gros tronc d’arbre mis en travers de la route. On n’a pas intérêt à voyager durant la nuit !

Au fur et à mesure que nous pénétrons dans le pays, j’ai l’impression de me trouver à une autre époque, un autre siècle ! Ma surprise et mon étonnement sont immenses !!!

Il ne faut pas oublier qu’en 1969, il n’y avait encore que très peu d’images de ce pays lointain en Europe. Je n’en avais donc aucune connaissance. Avec la guerre d’Afghanistan, nous sommes aujourd’hui tout à fait habitués à voir des images à la télévision.
J’y ai revu le carrefour central de la ville de Kandahar. Il n’avait pas du tout changé. Au milieu de ce carrefour, au même endroit, un policier y réglait toujours la circulation ! Comme nous avions logé dans un « hôtel » situé juste en face, je m’en rappelle parfaitement. Il n’arrêtait pas de siffler en même temps qu’il faisait des moulinets avec son bâton !

A mi chemin au milieu d’un désert de rocaille, nous voyons au loin un bâtiment tout moderne. C’est un superbe hôtel. Nous nous réjouissons déjà. Nous allons enfin pouvoir manger un repas normal, dans une atmosphère que nous espérons être un peu « occidentale ». Malheureusement, c’est comme un mirage. Nous découvrons qu’il est complètement vide, il n’y a aucun client et pour tout repas, nous ne pouvons manger qu’une omelette.
Bon, il y a quand même un point positif : une superbe piscine ! Alors là, quel pied !

Arrivée à Kaboul.
La ville est exactement la même que celle que je verrai à la télé, 35 ans plus tard. Rien non plus n’a changé. Elle est assez moche. Des bruits incessants de klaxon. Je suis impatient de trouver du courrier pour moi à la poste. J’avais en effet demandé à certains amis de m’envoyer des lettres aux postes restantes de trois villes : Istanbul, Téhéran et Kaboul. Il y en a 2 ou 3. Je suis bien content.

Nous partons vite vers le Nord. Après quelques kilomètres de macadam, la route devient de plus en plus mauvaise et sinueuse. Nous rencontrons de nombreux camions. Elle se transforme vite en piste. La rocaille a remplacé le macadam. Elle commence à grimper. Après avoir traversé deux ou trois villages, nous entrons dans de superbes gorges. Chez nous, la tension monte, car nous allons bientôt arriver dans la vallée de Bamyan.


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"Partir où personne ne part !" (suite)

Message  Quichotte le Mer 12 Juil - 18:18

Le choc. Une des plus belles choses que je n’ai jamais vue de ma vie. Un paysage incroyable, le paradis. J’en ai mal au ventre. Et le long de la rivière, simplement l’image de ces paysans qui continuent paisiblement à travailler la terre.
Sur le sommet d’une montagne longeant la vallée, je distingue les ruines de la «Ville Rouge», une sorte d’immense forteresse construite par Gengis Khan pour protéger l’entrée de la vallée. Nous décidons d’y aller. Je ne sais plus combien de temps a duré l’escalade à pied avant de l’atteindre, mais elle fut longue et pénible. Durant toute de la montée, je me souviens avoir espérer trouver tout en haut, bien que je savais très bien que c’était inimaginable, un bête petite aubette avec du Coca Cola !!
Du sommet, on peut voir, à 180°, s’étaler toute la chaîne des montagnes de l’Hindou Kouch.
Une vue paradisiaque.

Nous y croisons des français déjà rencontrés à la frontière et ensuite à Kaboul. En général, il n’y a que très peu de « touristes » dans le pays, si bien que cela fait plaisir de parfois en voir.

Poursuivant ensuite notre route dans la vallée, nous tombons tout d’un coup, nouvelle grande émotion, sur de gigantesques Bouddhas, hauts de plusieurs dizaines de mètres, taillés dans la falaise.
Le lendemain, en empruntant, un petit chemin qui contourne la montagne dans laquelle le plus grand des Bouddhas est creusé, nous arrivons à la hauteur de sa tête sculptée dans la roche. Tout au sommet, nous pouvons circuler sur son crâne. Impressionnant !
Une honte : A la fin des années 90, les Talibans les feront malheureusement sauter aux explosifs…

Le jour suivant, départ pour les lacs de Band i Amir. Après une piste longue et pénible, une vision superbe : Un chapelet de petits lacs, couleur turquoise, se déversent les uns dans les autres. La nuit, nous dormons dans nos tentes au bord de l’un d’eux.. Il fait fort froid. Il est vrai que l’altitude est assez élevée.
C’est bizarre, je commence à m’habituer à tant de beauté…

Au bord de la route, lors d’un arrêt, un paysan nous montre une blessure qu’il a à la main. Claude y met du mercurochrome qu’il a dans sa petite pharmacie. Les gens sont vraiment très pauvres. Lorsque nous passons en voiture, les enfants nous font signe en souriant. Nous apprenons que la mortalité enfantine est de 75% !

De temps à autre, on crève un pneu…Cela devient inquiétant, lorsqu’il y en deux en même temps !
Pour manger, nous vivons souvent sur nos réserves de petits pois, de thon et de corned beef. Pour boire, comme il est fortement déconseillé de consommer l’eau à cause du choléra, nous avons toujours les bidons avec l’eau de Téhéran dans laquelle ont été mis des cachets de « chlonazone ».

De retour à Kaboul, nous y restons quelques jours, le temps de porter les voitures au garage. Elles méritent bien qu’on s’occupe un peu d’elles, les pauvres. Et elles ont encore plus de 12.000 km à faire ! Nous sommes le 30 août. Encore un mois.

Sur la route, en direction de l’Iran, je me trouve dans la voiture de Yves. Il y a plus de 1.000 Km entre Kaboul et l’Iran. C’est le même chemin qu’à l’aller. Nous les parcourons en deux étapes. Au milieu de ce désert de pierrailles, nous ne croisons toujours que très peu de voitures.

Nous ne parlons presque pas. Il est vrai que nous n’avons pas grand-chose à nous dire. Nous sommes tous les quatre tellement différents. Entre nous, il y a peu de vrais échanges, de vraie communication. Les conversations se limitent aux questions pratiques. Nous n’avons que très peu de complicité. A la longue, c’est frustrant. Alors qu’à Bruxelles, je suis libre de choisir mes amis en fonction de mes affinités. Néanmoins, j’apprends, durant ce voyage, à être obligé de devoir vivre avec eux, que j’en ai envie ou pas. Je ne peux pas m’échapper.

A un certain moment, Yves commence à parler « bouffe ». Celle que nous pourrons manger à Bruxelles. Nous parlons alors de steak, de rôti, de recette de cuisine, de plats mijotés ! On se fait du mal ! Car ici, c’est plutôt le régime. Nous avons tous assez fort maigri. Une dysenterie presque chronique a d’ailleurs accentué les dégâts !

Dans les restos afghans, il y a souvent beaucoup de mouches. Sur les murs, une photo du roi resplendissant dans un costume militaire et des tapisseries avec des scènes de harem. Avec l’odeur de vieille graisse de mouton qui flotte dans l’air, il faut avoir l’estomac bien accroché. Le crachat par terre est toujours de rigueur, avant, pendant et après le repas ! Il suffit seulement s’habituer !!

A la frontière iranienne, nous sommes parqués dans un camp de quarantaine à cause d’une épidémie de choléra qui règnerait en Afghanistan. Nous n’avions pourtant rien remarqué et personne ne nous avait averti. L’avantage, c’est qu’on y mange pas mal et que l’ambiance est plutôt sympa. C’est un peu comme un camp de vacances ! Il n’y a que des étrangers. Après deux nuits, nous pouvons repartir.

A Meched, nous retournons au même hôtel qu’à l’aller. Nous sommes devenus des habitués ! Nous retrouvons les deux étudiants iraniens que nous avions rencontrés deux semaines auparavant, Mohamed et Karim. Ils sont super chouettes. Promenades, restos, visites ensemble. Quelques achats au bazar. Le tapis rouge au milieu de mon salon vient de cette ville ! Après 3 jours passés dans cette ville, nous devons malheureusement partir. Les adieux sont difficiles. Je crois bien qu’on a continué à s’écrire pendant quelque temps.

En route pour Téhéran.

A nouveau, cette atroce piste en tôle ondulée de plus de 500 km sur laquelle il n’y a que des pierres et de la poussière.
Durant l’après midi du lendemain, nous nous arrêtons chez ce paysan qui nous avait hébergé dans sa maison à l’aller. Heureux de nous revoir, il nous offre le thé et insiste pour que restions dormir chez lui le soir. Mais nous devons continuer notre route. Nous cassons un amortisseur. Après avoir roulé à du 30 Km heure pendant 3 heures, nous arrivons enfin le soir dans une petite ville.

De retour à Téhéran où nous retrouvons la « civilisation », nous partons vers le sud au lieu de continuer vers l’est en direction de la Turquie. Nous n’allions quand même pas manquer de visiter la superbe ville d’Ispahan et les célèbres ruines perses de Persépolis !

A Ispahan, nous pouvons loger dans une maison vide qui appartient à l’ami d’un ispahanais que nous avions rencontré un mois auparavant le long de la mer Caspienne. Nous avons l’occasion de pas mal piccoler de la vodka avec lui. Il semble très intéressé par Antoinette ! Il est vrai que celle-ci a l’art de faire des minauderies pour l’allumer et n’arrête pas de rire. A la longue, qu’est ce qu’elle est agaçante !
Je passe sur les descriptions des merveilleuses mosquées et autres palais grandioses d’Ispahan, ainsi que des ruines de Persépolis…Vraiment superbe.

Nous faisons ensuite un ultime et dernier crochet par Téhéran, puis en route pour la Turquie.

A l’aller, nous étions venu par le nord : La mer Noire, Trabzon, Erzurum. Pour le retour, nous passons par le sud : Agri et le lac de Van. C’est le Kurdistan turc. Nous croisons des convois militaires !
Autant, les iraniens étaient charmants, accueillants, gentils, autant les kurdes sont agressifs. Les enfants crient et jettent des pierres sur nos voitures.
A l’hôtel, nous ne prenons qu’une chambre pour nous quatre. Nous vidons presque entièrement les voitures, pour éviter que ce soit d’autres qui le fassent, et nous montons tous les bagages dans la chambre. Bien évidemment, durant la nuit, nous sommes réveillés par un solide tapage. Des gens veulent entrer dans la chambre. Il fallait s’y attendre. Un foutu coin de sauvages. Nous nous enfuyons très tôt le lendemain matin !

Etape suivante : La Cappadoce. Puisque nous sommes dans le coin, nous la visitons. Ce serait trop idiot de ne pas le faire. Nous retrouvons peu à peu notre état de « touriste » !!

Avant le voyage de retour vers la Belgique, nous décidons de passer encore quelques jours à Istambul, via Ankara. Cela sent la fin. Je ne suis pas mécontent. J’ai réussi à capter France Inter.

Je ne me rappelle plus du tout où Yves en avait acheté. Sans doute à Kaboul ? Je ne sais plus. Toujours est-il que nous nous trimballions avec deux très grosses plaques de hachisch !!! Je n’ai jamais compris pourquoi il les avait achetés. A Bruxelles, il ne fumait pourtant pas. Il voulait sans doute ramener un souvenir, tout comme moi je ramenais un tapis persan !! Complètement inconscient, j’ai accepté de me trouver dans la voiture où le hachisch était planqué !!
Comme des innocents, nous avons traversé toutes les frontières et passé les différentes douanes, les doigts dans le nez !!

Plus tard, lorsque j’ai vu le film « Midnight Express » qui se situe environ à la même époque que notre voyage, j’ai ressenti rétrospectivement une énorme frayeur…!

En écrivant ce récit et en me remémorant tout ce que j’ai pu vivre comme difficultés, je me demande encore comment tout cela a été possible.
Oui, vraiment : les voyages forment la jeunesse !!

Nous arrivons enfin à Bruxelles le 1er octobre. Je ne pèse plus que 57 kilos. La rentrée à l’université est dans quelques jours…

Quelques mois plus tard, je revois Antoinette. Elle est devenue strip-teaseuse dans une boîte, rue de Malines…! Aujourd’hui, je ne sais pas ce qu’elle est devenue…

Durant ma dernière année d’étude, je mets en veilleuse mes activités dans ma troupe de théâtre. Il me faut absolument réussir mes examens en première session. Ce que je fais. Comme beaucoup d’autres étudiants, à la fin de la session, je suis épuisé. Lors de mon tout dernier examen, un tout vieux prof me pose une question à laquelle je ne sais répondre qu’approximativement. Il me demande alors: « Vous avez fait cinq années de droit ?! ». A bout, je lui réponds : « Oui, mais je ne veux plus jamais en faire !!! ». Il me fait sortir : « Allez, bon, cela va !! »

Il n’y a pas très longtemps, je me suis rendu compte de quelque chose d’assez amusant :
Le passage des examens oraux ayant toujours lieu par ordre alphabétique, tous les « Van » se retrouvaient ensemble, chaque année, à attendre angoissés devant la porte du même local avant d’être interrogés. Un étudiant faisait partie de ce groupe, mais je n’en ai absolument aucun souvenir. Actuellement, je ne le reconnais même pas lorsque je le vois à la télé. Il s’appelait Jean Claude Van Cauwenberg ! Il a dû fort changer !!

Quant à mes deux « joyeux drilles » du voyage, Claude et Yves, ils termineront l’année avec la plus grande distinction ! Claude deviendra avocat spécialisé en droit commercial et Yves, haut cadre à la Société Générale de Banque.

Ce chapitre est dédié à la mémoire de YVES GRAAF mort d’une rupture d’anévrisme en l’an 2000.
J’espère que là-haut, il profite de tous les petits plats dont il me parlait en Afghanistan, sur la route de Kandahar.
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