4. Soupape : 4ème épisode : Les années 90 - LA CHANSON

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4. Soupape : 4ème épisode : Les années 90 - LA CHANSON

Message  Quichotte le Lun 13 Nov - 13:15

LA CHANSON - LE BUREAU : UNE COEXISTENCE PACIFIQUE ?

Les années 90 sont aussi riches en créations et en révélations, que ce soit en théâtre ou en chanson.

En chanson, les Ateliers Chanson deviennent un véritable vivier pour découvrir de nouveaux chanteurs dont plusieurs feront leurs premiers pas sur la scène de la Soupape. La création du concours « la Biennale de la Chanson française », en 94, sera un nouveau coup de pouce pour nombre d’entre eux. Il est vrai qu’étant membre du jury, je ne m’empêcherai pas de chaque fois «supporter» mes chouchous tout en tentant de rester le plus objectif possible !

A un niveau plus personnel, je suis toujours obligé de continuer à travailler dans ce bureau où j’ai été engagé il y a 16 ans.
(Voir précédemment le chapitre V « The AY’s dream - Et puis lutter toujours »).
Mais la coexistence entre la Soupape et le bureau n’est pas simple.

LA CHANSON

Un soir de janvier 1990, débarquant de Paris (et venant d’Anvers !), je découvre une formidable chanteuse : ANOUK. A partir de ce jour-là, elle arrêtera plus de se produire ici, que ce soit seule au piano, en duo avec Frouch, puis avec Marie Sophie Talbot en 98 ou encore avec différents groupes. Elle remportera le deuxième prix de la Biennale de la Chanson en 94 après avoir été une mémorable Aldonza dans Don Quichotte (voir plus loin). En juin 99, elle sera absolument extraordinaire dans un spectacle Kurt Weill. A partir de 99, elle deviendra prof aux Ateliers Chanson. Quel talent, mais quel caractère ! Avec son franc parlé et son côté « rentre dedans », combien de fois ne nous sommes nous pas accrochés ?! Et puis, je suis un peu comme cela aussi ! Mais il est vrai que souvent elle n’écoute qu’à moitié et en plus, étant d’origine flamande, elle ne comprend parfois aussi qu’à moitié ! Mais je l’adore…

Une autre découverte de 1990 est celle de VADIM PIANKOV. Il arrive pour la première fois à Bruxelles venant de Moscou au mois de mai pour interpréter Brel en russe et en français. Son charme slave fait des ravages…! Il reviendra très souvent.

En compulsant les programmes, cela me rappelle que William Duncker est venu chanter ici à cette époque sous le nom d’Alfred. Il faisait partie du groupe « Les triples buses ».
Je me se souviens aussi du fort sympathique groupe « Falbalafouf » dans lequel débutait le chanteur Oskar Beek (Olivier Darimont) (nov. 90).

Le même mois, un événement : Marc de Hollogne vient fêter ses 10 années de spectacle !

Autre événement : Au mois de mars 91, MAURANE revient pour 3 concerts exceptionnels accompagnée de son pianiste Arnould Massart.
Pendant qu’elle était à Paris, j’avais gardé avec elle quelques contacts téléphoniques. Elle m’avait raconté sa difficulté, au début, de suivre et de supporter le rythme effréné de sa nouvelle vie. Elle m’avait parlé aussi de sa très grosse déprime lorsqu’elle jouait dans Starmania, un spectacle qu’elle a d’ailleurs quitté pour cette raison.
Un jour que je l’ai au téléphone, elle me dit qu’elle avait un break d’un an avant de préparer son nouveau concert à l’Olympia et qu’elle aurait bien envie de refaire des petites salles ! Je la prends au mot et lui propose de venir chanter ici. OK !!
Les soirées sont complètes, la salle est bondée. Pour l’occasion, j’ai spécialement loué un piano à queue. Elle est morte de trac. Cela lui fait plus peur qu’une grande salle, car, me dit-elle, le public est tout près et elle peut voir les têtes des premiers rangs, alors que dans une grande salle, elle ne voit rien, si ce n’est qu’une grande masse noire qui bouge, vit et fait du bruit !
Ce seront trois soirées mémorables avec en prime la venue de Philippe Lafontaine pour chanter en duo sa nouvelle chanson «Tant c’était bon ».
Quelques mois plus tard, Maurane rencontrera à la Soupape son futur mari qui suit les cours des Ateliers Chanson !

Sortie des Ateliers en juin 91, j’incite tout de suite l’excellente chanteuse comédienne PASCALE VYVERE à préparer un récital. Ce n’est pas la première fois qu’elle vient ici. Je la connais bien. Elle était déjà là en 87 pour accompagner le chanteur Marc De Roy. Et puis, c’est elle aussi qui concevait, à ce moment-là, la maquette du programme de la Soupape. Elle en avait d’ailleurs conçu le nouveau sigle. Je l’avais aussi incitée à s’inscrire aux Ateliers. Je me souviens lui avoir suggérer son nom Vyvère alors que son vrai nom est Vandevyvere. Un nom pas tout à fait approprié pour un artiste ! (Un peu comme le mien, mais moi je ne suis pas artiste !). En janvier 92, elle fait son tout premier concert accompagnée par la talentueuse pianiste Isabelle Fontaine. Elle reviendra le présenter pendant près d’une dizaine de soirées durant cette même saison !
Je me rappelle d’un concert organisé pour elle dans un petit village de Provence, près de Carpentras où je passais quelques jours de vacances chez ses parents. Des chaises installées sur la petite place qui avaient été amenées par les habitants. Un vieux piano droit sorti péniblement d’une des maisons du village. Une petite sono louée dans une ville voisine. Quelques lampes spots avec des interrupteurs, trouvées ça et là. Et je me trouve, une fois de plus à faire la régie ! Quelle aventure ! Mais que de souvenirs !

Parmi les autres concerts mémorables de cette année 92, il y a ceux de « Tasquin contre Trouble » et de « L’Ampleur des dégâts » avec Martine Kivits auquel participait déjà la petite ZOE.
Je me souviens qu’à cette occasion, j’ai dû arracher les musiciens des fauteuils du salon, car rivés devant le poste de télé à regarder un match de foot, ils n’avaient pas du tout envie de commencer leur concert ! A propos de ce salon où les artistes se changent et attendent avant d’entrer sur scène, je ne dirai pas le nombre de chanteuses ou de comédiennes que j’ai pu surprendre en petite culotte ou pratiquement à poils, il y en a trop ! Et je ne donnerai pas de noms !

En octobre 1993 est organisé le Festival du 15ième ANNIVERSAIRE. Au programme, pendant deux mois, une vingtaine d’artistes : Yves Hunstad jouant « Hello Joseph », Claude Semal et Charles Loos, Véronique Castanyer jouant le même soir « Je suis désolée » et « C’est Monstrueux », Christiane Stéfanski, Francine et Pierrette Laffineuse, Isabelle Rigaux, Bruno Coppens, Pascale Vyvère, Philippe Tasquin, Vadim Piankov, Pierrot Debiesme, Bernard Delpierre, Stanislas et les Funambules, Jeanpico, Patrick Waleffe, Martine Kivits, Alain Montoisy jouant « Ellebore » et Anouk.
Quelle affiche ! Que de moments de bonheur !

Pour la suite, j’ai envie d’épingler quelques soirées qui m’ont particulièrement marquées : Avec le groupe TAM ECHO TAM, en décembre 94, dont c’était un des premiers concerts, avec SCANDALE, en avril 95, découvert lors de la première Biennale de la chanson et avec TOME II et Fabienne Coppens en décembre 95 pour lequel c’était une première.
Sans oublier les premiers pas des ANACROUZES en 96 et du groupe CANAL DO en 97 (un groupe qui reviendra régulièrement jusqu’à la disparition d’un de ses membres, Vincent Veys, en 2005). La découverte du génial DANIEL HELIN en juin 97 qui reviendra en mai 2000.

La même année 1997, plusieurs amis chanteurs ont l’idée de faire un spectacle festif qu’ils intituleraient « Les Petits Enfoirés » !! Bon, ce n’est pas que de la Grande Chanson, mais c’est avant tout du plaisir. Trois spectacles différents seront mis sur pieds et présentés en juin et en novembre 97, ainsi qu’en avril 98. Y participent, selon les spectacles, accompagnés au piano par Catherine Delahaye : Marc De Roy, Nathalie Stasse, Maria del Rio, Anouk, Pierre Lafleur, Vincent Raoult, Angélique Leleux,…et moi-même ! Le spectacle est aussi présenté plusieurs fois à l’Ex Voto, une salle située rue des Eperroniers.
Un vrai tabac !! Un grand moment de plaisir !

LE BUREAU

Au début des années 90, l’atmosphère générale se dégrade suite à une fusion avec une autre société. J’ai 43 ans. Mes collègues Christian et Robert sont virés. La société s’appelle désormais ERNST AND YOUNG et de nouvelles manières de travailler sont importées directement des Etats-Unis. De plus, les néerlandophones deviennent de plus en plus nombreux. Ils représentent 70 à 80 %, alors qu’à mon arrivée, ils n’étaient que 20 à 30%.

Un jour, lors d’une réunion, un des patrons explique les nouvelles orientations à suivre dans la boîte. Elles me semblent entièrement copiées d’un bouquin américain et tout à fait en dehors de notre réalité belge. Elles me paraissent plutôt absurdes. Son discours sonne faux. Quand il a terminé, je m’approche de lui et lui demande s’il croit vraiment tout ce qu’il a raconté.
Il m’a juste regardé et n’a rien répondu. J’ai eu l’impression d’avoir tapé juste !

Mes collègues ne sont pas longtemps les mêmes. Seul, Raymond est toujours là. Ses cheveux sont devenus blancs.
Ces jeunes qui arrivent sont, ma foi, plutôt sympas, mais très ambitieux. Leur but, c’est de grimper dans la hiérarchie et de voir leur salaire augmenté. Et lorsque la progression ne leur semble pas assez rapide, ils vont voir ailleurs. Beaucoup ne restent donc qu’un un an ou deux. Un vrai moulin.

En général, très peu de mes collègues comprennent qu’en plus de mon travail au bureau, je puisse m’occuper d’un Café-Théâtre. Régulièrement, ils me posent la question : « Et cela marche ? Cela rapporte bien ? ». Que je puisse faire cela bénévolement, sans gagner d’argent, est tout à fait étranger à leur schéma de pensée ! Vraiment, je ne vis pas sur la même planète qu’eux.

Parfois, en arrivant au boulot, j’apprends que l’un ou l’autre a été viré le matin même. Cela va très vite. A peine arrivé, l’intéressé est convoqué chez un des patrons et celui-ci lui annonce qu’il ne fait désormais plus partie du personnel. Il signe des papiers, puis le patron l’accompagne jusqu’à son bureau. Il prend ses affaires, puis il est conduit jusqu’à l’ascenseur. C’est fini, terminé. Disparu. Cela arrive plus souvent avec les dactylos et les secrétaires.

Avec les années, je suis devenu un « ancien » de la boîte. Un ancien à qui l’on fait malgré tout confiance. Il est vrai que j’ai toujours bien fait mon travail et avec sérieux, enfin presque ! Ainsi je dois parfois traiter des dossiers personnels de cadres étrangers internes à la boîte. De cette manière, j’ai le privilège d’être au courant de leurs salaires et de leurs avoirs. C’est assez édifiant…Pourtant, cette marque de confiance me fait quand même plaisir. Je me sens un peu reconnu.

Très souvent, je suis stressé. Tout doit aller vite, les dossiers devraient déjà être terminés pour la vieille, la pression et le harcèlement sont constants. Il faut être hyper productif. J’entends des remarques lorsque je n’arrive pas à l’heure, par contre si je reste plus tard le soir…!
Souvent, dès que je rentre du bureau, j’enlève vite mon veston et ma cravate et vais m’installer derrière la régie pour commencer à régler le son et les lumières du spectacle du soir.

Néanmoins, je continue une sorte de résistance passive. En effet, je suis arrivé à pouvoir travailler tout seul dans mon coin sans être intégré dans des équipes entre lesquelles le système a instauré une rivalité pour rendre les gens plus productifs et rapporter plus d’argent.

Je ne peux malheureusement pas raconter les week ends organisés de temps à autres dans des parcs d’attraction au fin fond de la Flandre et durant lesquels tout le personnel est convié à participer à des jeux et à des épreuves sportives débiles. Les soirées se terminent en beuverie et vomissements agrémentés de gros rires gras et vulgaires. J’ai toujours refusé de m’y rendre. Ce qui n’est bien évidemment pas apprécié en haut lieu !
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Quichotte

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