2. Une Hist de Soup : 2ème épisode : Les années 80

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2. Une Hist de Soup : 2ème épisode : Les années 80

Message  Quichotte le Mar 10 Oct - 12:17

Les CHANTEURS – La PRESSE – QUELQUES CHIFFRES - Les NOUVELLES DECOUVERTES : En CHANSON, en HUMOUR

Durant le début des années 80, la plupart des chanteurs belges du moment viennent chanter à la Soupape : Philippe Anciaux, le duo Pipou et Philippe Lafontaine, Robert, Stan et Adam, Johan Verminnen, Martine Kivits, Jacques-Ivan Duchesne, Bernard Delpierre, Evelyne Bruyère, Aline Dhavré, Albert Delchambre, Marc Lelangue, Photis Ionatos, Claude Semal. Ce dernier vient aussi bien avec ses récitals de chansons qu’avec ses spectacles (L’avenir n’est plus ce qu’il était, Tous aux abris, Ode à ma douche).

Citer le nom de tous les artistes qui se sont produits à la Soupape serait fastidieux. Que ceux et celles que je ne citerai pas veuillent bien me pardonner, cela remplirait des pages et des pages. Il m’est impossible de les citer tous.

Je m’en voudrais de ne pas signaler l’événement qu’est la création, en octobre 80, du superbe « Récital Léo Ferré » par la chanteuse Ann Gaytan accompagnée par un tout jeune pianiste, Jean Luc Fafchamps, alors étudiant à l’ULB et au Conservatoire !

En 1984, paraîtra un très beau livre illustré « Brel ! Et après ? ». Il dresse le panorama de toute la chanson de l’époque.

Chaque année, nous célébrons l’Anniversaire de la Soupape. Des fêtes mémorables. Sur deux soirées, défilent presque une vingtaine de chanteurs et d’humoristes. De véritables marathons !! Ces événements ont fort heureusement été filmés et j’ai conservé précieusement ces moments rares.

Ce qui est marrant, c’est que, généralement, j’avais une dizaine d’années de plus que les artistes, alors qu’aujourd’hui, ils ont une trentaine d’années de moins que moi !! Eux n’ont pas vieilli, moi bien ! Plusieurs d’entre eux deviennent des copains, voire des amis.

Mais il n’y a pas seulement que des artistes belges, il y a également des chanteurs étrangers, français, suisses, canadiens : Michel Arbatz, Michel Bhuler, Jim Corcoran, Gérard Delahaye, Melaine Favennec (qui reviendra en 99), Bernard Haillant, Sylvie Tremblay, Christian Blondel, Alexandre Révérend, Morice Benin, Jacques Bertin, Antoine Tomé,…
Je me rappelle ainsi de l’étonnant Alexandre Révérend, venu de Paris avec sa copine, Cécile : « Cécile, ma fille » que chantait son père, Claude Nougaro !, de ces trois soirées magiques avec au même programme Gérard Delahaye et A.Ionatos. Des moments fabuleux. Mais aussi de Morice Benin que je surprends en train de vider mon frigo sans, auparavant, m’avoir rien demandé !
Certains comme les regrettés Bernard Haillant et Christian Blondel se produiront plusieurs fois.

Nous continuons aussi dans la diversité en alternant la chanson, le jazz, des spectacles d’humour, la musique classique. Comme nous avons un piano à queue, plusieurs pianistes classiques donnent des récitals. L’un d’eux viendra même créer une œuvre de Philippe Boesmans.

Des RENCONTRES - DEBATS sont organisées en collaboration avec Diffusion Alternative et l’Asbl Voix Voies. Viennent ainsi, William SHELLER, qui interprètera quelques unes de ses chansons en fin de soirée, la grande Anne SYLVESTRE, France BREL (Mon père disait…), Philippe Luthers pour les vidéo clip et Gilles Verlant qui vient parler de l’univers Rock & Roll. Je me souviens lui avoir demandé une définition du Rock. Il n’a pas pu me répondre !
Il s’en est fallu de peu pour qu’une rencontre ait lieu avec Léo Ferré, mais finalement elle se fera Botanique !

Depuis le début, nous programmons également pas mal de JAZZ. Se sont produits ici durant cette première décennie : Charles Loos, Guy Cabay, Alex Furnelle, Stéphane Martini, Nigel Renard, José Bedeur, Alain Rochette, Jean Didier Vandervorst, Pierre Viana, Philippe Aerts, Félix Simtaine, Marc Hérouet, Bob Dartsch, Luc Pilartz,…

Tous les deux mois, un programme est imprimé et envoyé à tous ceux qui le souhaitent.
En les consultant pour me rafraîchir la mémoire, je constate qu’à partir de 1982 naît une petite rubrique intitulée « Soupapéchos ». On peut y trouver toute une série d’infos sur les artistes de la maison. Sortie de disques, festivals, concerts,…Ensuite, on y trouvera toutes sortes d’articles de presse concernant la chanson et les chanteurs. Une espèce d’ancêtre de la « Gazette de la Soupape » envoyée actuellement par internet !!

J’ai envie d’en citer deux extraits :

« Claude Maurane, dont le dernier 45 tours fait un boum en France et en Belgique, sera avec Claude Nougaro à l’Olympia le 6 décembre (82) »
« 1982 : Une bonne cuvée pour la chanson. Très nombreux sont les chanteurs qui ont « sorti » un 45 ou un 33 tours, ce qui est indispensable pour se faire connaître. On ne peut que saluer le travail de promotion que certains animateurs de la RTB ont entrepris pour faire découvrir à un large public les chanteurs de chez nous. »

C’est l’époque où la Soupape acquiert une certaine renommée, notamment grâce à LA PRESSE.

« Un de ces trop rares lieux de spectacle à visage humains où l’on peut se sentir en communion avec les autres spectateurs, rencontrer l’artiste du jour » (F. Chenot- Le Drapeau Rouge – 82)
« En trois ans, la Soupape a non seulement fait ses preuves, mais a répondu à un besoin vital pour la vie artistique bruxelloise. Michel équilibre sa programmation avec beaucoup de soin et son café-théâtre est devenu pour la plupart des artistes un lieu de prédilection où présenter leur nouveau spectacle » (Regards – 82)
« Un des rares lieux-moteurs et authentiquement vivants de la Belgique chantante » (Le Soir – 83)
« Il faut reconnaître à la Soupape et à son animateur, le talent de programmation en qualité et en découvertes heureuses. » (F.Nice- le DR- 83)

Dès le début, des journalistes viennent voir les spectacles ou les concerts : Françoise Nice et Francis Chenot du Drapeau Rouge, Catherine Degan du journal Le Soir, avec laquelle, quelques années plus tard, j’entrerai en conflit ! (voir plus loin).

Il y a, bien évidemment, l’excellente revue UNE AUTRE CHANSON dirigée par Francis Chenot qui a toujours beaucoup écrit sur les petits lieux et en souvent souligné l’importance. De nombreux articles, au fil des ans, ont été rédigés à propos de la Soupape et des chanteurs qui s’y produisent, notamment sous la plume de Marc Gilmant.

Nous avons toujours considéré que notre lieu devait avant tout « servir » aux artistes. Que ce soit pour tester ou créer leur nouveau spectacle, leur nouveau récital et/ou pour leur permettre de le répéter, que le spectacle ou le récital aient lieu ou non à la Soupape !

QUELQUES CHIFFRES.

Pour l’ouverture de la Soupape, seulement 80.000 F ont été investi ! Les rentrées financières sont modestes et juste assez suffisantes pour s’en sortir. Il est vrai que je suis assez, disons, économe ! Pourtant une petite aide de l’Etat ne serait pas de refus, surtout pour améliorer le matériel qui au début est vraiment rudimentaire. Après deux ans, je contacte la Commission française de la Culture et le Ministère de la Communauté française. Mais le problème, c’est que l’activité d’un tel lieu ne rentre pas dans un de leurs secteurs préétablis et ce dans la mesure où la programmation couvre plusieurs domaines différents : la chanson, le jazz, le théâtre, la musique classique,… Pour sortir de cet imbroglio et pour quand même venir en aide à ce type de lieu, les responsables vont innover ! Ils vont élaborer un cadre réglementaire qui va tout simplement reprendre la façon de fonctionner de la Soupape. Ce cadre servira d’ailleurs, pendant des années, pour la plupart des autres lieux qui s’ouvriront plus tard ! Merci, la Soupape ! A partir de 1982, nous recevrons respectivement une aide annuelle de 50.000F et de 60.000 F. Cette aide augmentera de temps à autre au gré de la gentillesse des responsables, car mis à part la première demande, je n’ai jamais demandé d’augmentations. Considérant qu’un subside n’était pas un droit acquis, je me suis toujours débrouillé avec ce qu’on voulait bien me donner...

LES DECOUVERTES, LES CREATIONS

Le début des années 80 est particulièrement riche en découvertes de nouveaux talents, que ce soit dans la chanson, l’humour, ou le théâtre.
Plusieurs jeunes artistes débarquent à la Soupape. D’abord, ils sont souvent programmés lors de soirées « Cabaret » ou à l’occasion de premières parties.

LA CHANSON

Un soir, un tout jeune de 17 ou 18 ans défonce la porte d’entrée : Il veut me faire entendre ses chansons ! Il s’installe au piano et enchaîne une dizaine de chansons avec une énergie pas possible. Je suis, comme on dit, sur le cul ! Quel talent ! Il est encore à l’Athénée d’Ixelles et m’invite à venir y voir son concert. Bouillonnant d’enthousiasme, il me demande ensuite de pouvoir présenter un nouveau spectacle qui allie la chanson, le cinéma et des sketches. Nous sommes en novembre 1980. C’est assez génial. Il s’appelle MARC DE HOLLOGNE.
Par la suite, il se produira ici près d’une quinzaine de fois et participera à « La course autour du monde ». Après que je l’ai fait découvrir à Huguette de la Samaritaine lors du Festival « Notre chanson » au Botanique, celle-ci ouvrira son lieu avec lui en 1985. Il présentera ensuite son spectacle titanesque « Manoé » au Passage 44 et réalisera un des premiers clips de Maurane. Après être revenu à la Soupape à l’occasion de ses 10 ans de spectacle, il sera l’assistant de Maurice Béjart à Lausanne et réalisera en 93, à l’Opéra Bastille un fabuleux spectacle pour les 80 ans de Charles Trénet, dont il réalisera aussi un disque ! Plus tard, il jouera un rôle important dans le film de Lelouch « Hasard et coïncidence » et participera à plusieurs émissions de télévision toujours avec ce mélange de cinéma, chanson et théâtre.
Un soir, je découvre à la télé qu’il est nominé aux Molières pour son spectacle « Marciel monte à Paris ». C’est pour moi, un grand moment d’émotion : « Et dire qu’il a débuté ici..!»

Ensuite, presque chaque année nous apporte de formidables découvertes. Alors que 83 sera celle de la découverte de PASCAL CHARPENTIER, 84 sera celle de PHILIPPE TASQUIN. Tandis qu’en 85, mes coups de cœur se porteront sur HUGHES MARECHAL (sorti de l’Ecole de la Chanson) et le fort prometteur VINCENT HATERT. Celui-ci se tuera tragiquement en voiture dans les années 90, alors qu’il venait, après quelques années d’arrêt, de recommencer à chanter…

En janvier 86, est programmée pour faire une première partie du chanteur français Frédéric Marqueur qui interprète Brel, une toute jeune chanteuse, elle chante sous le nom de Lara. Quelle voix ! Et oui ! C’était LARA FABIAN !! Mais elle ne reviendra pas…

Je n’oublie pas la venue, à partir du milieu des années 80, de la superbe interprète, CHRISTIANE STEFANSKI qui, par la suite, reviendra très régulièrement m’enchanter, accompagnée par Marc Hérouet, ni les fabuleux et envoûtants concerts du groupe « Presque Rien » entourant MARTINE KIVITS, ni la création, en 86, du spectacle d’Aline Dhavré « Incendie volontaire ».
A cette époque, je profite aussi des auditions publiques organisées à La Samaritaine. J’y découvre le chanteur comédien MARC DE ROY. Il sera immédiatement programmé en 86, alors que la Sama le boude ! La collaboration artistique avec lui, tout comme l’amitié, sera longue.

L’HUMOUR

En mars 80, est programmé un tout jeune mime. Il vient de terminer ses études en éducation physique. Il présente son spectacle « Le sourire au pied de l’échelle ». Son nom :
JEAN LOUIS DANVOYE. Un peu plus tard, il s’associe avec JOSEPH COLLARD pour former le duo « LES FUNAMBULES » dont le premier spectacle est créé ici en 1982 ! Ils se produiront avec beaucoup de succès un peu partout dans le monde avec « Le pied sur la savonnette », « Fic flac » et « Caramba » jusqu’en 1998, année de la séparation du duo. C’est d’ailleurs ici qu’ils se seront ensemble sur scène pour la dernière fois, à l’occasion des 20 ans de la Soupape !

A quelques mois d’intervalle, nous découvrons deux artistes qui feront, par la suite, une très solide carrière. D’abord, lors de la soirée du 3ème anniversaire, en octobre 81, une étrange personne, habillée d’une robe jaune à rayures noires, qui porte un affreux masque avec un très long nez. Elle se prénomme Yolant (avec un t, insiste-t-elle). Son sketch d’une vingtaine de minutes est absolument désopilant. Il s’intitule « Une histoire de sexe et de crime » et débute par la phrase « J’ai trempé dans un crime. C’est moche, hein ! ».
YOLANDE MOREAU reviendra plus tard présenter la suite de son sketch devenu un spectacle complet. Entre temps, elle avait remporté le Festival du rire de Rochefort. Tout le monde connaît la suite. Le théâtre à Paris avec la troupe de Jérôme Deschamps et Macha Makeieff, dont elle devient un des piliers (Lapin chasseur et Les Pieds dans l'eau). Puis les Deschiens sur Canal +, ses nombreux rôles au cinéma et… tout récemment son premier film « Quand la mer monte » qui a remporté le César du meilleur film. Ce fut pour moi, lors de la cérémonie des Césars, un tout grand moment d’émotion et de plaisir. Je pensais: « Et dire qu’elle a aussi débuté ici ! »
Anecdote : Je me rappelle qu’elle m’avait expliqué que pour construire physiquement son personnage, elle était tout simplement partie de ce qu’elle était. Elle en avait ensuite souligné et amplifié les caractéristiques.

L’autre artiste qui débute ici, c’est l’étonnant BUNO COPPENS avec ses avalanches de jeux de mots. Je le programme juste avant qu’il ne gagne le prix de la presse et du public au même Festival du Rire. Pendant une dizaine d’années, il reviendra très régulièrement présenter chacun de ses nouveaux spectacles : « Mots de tête », « Raison à vendre », « Mar’mots », « Scènes de méninges ».

Un autre spécialiste du rire fait ses tous débuts lors d’une soirée « Cabaret » en janvier 82. Après une ou deux imitations fort réussies, il commence à interpréter une chanson qui se moque des femmes enveloppées. Après deux ou trois couplets, une spectatrice l’interromps : « C’est honteux, qu’il arrête ! ». Un autre spectateur rétorque : « Mais non, c’est sa liberté ! »… et ainsi de suite, presque toute la salle s’en mêle ! Une nouvelle Muette de Portici ?! Je rallume la lumière. L’imitateur se retire dans les coulisses. Je ne reverrai plus ANDRE LAMY jusqu’en 86, année où il se produira ici après ses succès parisiens, je pense.

Toujours dans le même registre, RICHARD RUBEN, alors qu’il est encore élève à l’Athénée A. Max, présente en 84 quelques imitations lors de différentes soirées cabaret. Ce sera, en 86, aux tours de Taloche et de l’humoriste imitateur Frédéric Lebon qu’on retrouvera plus tard régulièrement avec Laurent Ruquier à la télévision française

En 87-88, je collaborerai avec l’Ecole du Cirque, qui est alors situé tout près de la Soupape, pour y organiser, pendant plusieurs mois, les « Nuits du Sourire ». L’occasion pour moi de pouvoir programmer des spectacles qui nécessitent une plus grande scène.

Parmi les spectacles d’humour, il faut absolument que je cite aussi Pierre Henri, le Magic Land Théâtre, une mémorable soirée avec le Cirque du Trottoir, Kevin Brooking, Angel Ramos Sanchez (Pépé, El Cid, Dali : c’est moi), les frères Taquin, Eric Génicot (Eliott),…

Dans le troisième épisode, seront abordés les découvertes en «Théâtre », mais aussi les Festivals, les Concours, l’Ecole de la Chanson (actuellement les Ateliers Chanson).
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