5. Soupape : Années 90 (5ème épisode) : COUPS DE THEATRE

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5. Soupape : Années 90 (5ème épisode) : COUPS DE THEATRE

Message  Quichotte le Dim 26 Nov - 14:20

LE THEATRE - ET MOI, ET MOI, ET MOI… (Don Quichotte) !!?

Durant les années 90, le théâtre va petit à petit prendre plus de place dans la programmation.

En 91, après « Je suis désolée », la formidable VERONIQUE CASTANYER vient créer son nouveau spectacle « C’est monstrueux », mis en scène par Francy Bégasse. Suivront ensuite, les créations, ici même, de « Sauf la vie » en 94, de « Opéra Casta » en 96 et de « Solidarité » en 99.

Toujours dans le seul en scène, c’est Jean Luc Piraux qui, en janvier 92, interprète « Jean et les gens » et, en octobre 94, « The King ». Il reviendra en 99 et 2001 avec son spectacle « Piroteries ».

En janvier 93, Anne Marev, Françoise Oriane et Arlette Schreiber viennent jouer la pièce
« Inventaires » de Philippe Minyana dans une mise en scène de Pierre Fox. Grand moment d’émotion : Chez moi, dans ma petite Soupape, ANNE MAREV !
Celle qui pendant tant d’années a été LA comédienne du Théâtre National, celle qui me faisait rêver lorsque j’étais gamin. Combien de fois ne l’ai-je pas vue jouer sur cet immense plateau du National ? Et puis aujourd’hui, la voir toute traquée dans mon salon qui sert de loge, alors que, rentrant de mon bureau, je commence à manger et qu’elle me demande : « Alors, qu’est ce que tu manges, ce soir ? ». Arlette Schreiber, aussi. Je la vois encore très bien dans « L’irrésistible ascension d’Arturo Ui » de B.Brecht. Et l’adorable Françoise Oriane !
Pour ce spectacle, grande innovation : la pièce sera jouée pendant trois semaines entières ! Parmi les spectateurs presque tous les acteurs de théâtre bruxellois. Parmi eux : Suzy Falk, Philippe Volter, Jacqueline Bir, Bobette Jouret,…
Tous réunis dans ma petite Soupape !! Je suis quand même un peu fier !

Autre grand moment : la création du spectacle « Docteur Jeckyll et Mister Hyde » d’après R.L.Stevenson, mis en scène par Claude Enuset et interprété par l’excellent MARC DE ROY en mars 94 et repris en mai 97. Ah ! Cette ambiance lourde, cette atmosphère…et cette musique !

Et puis toutes ces formidables chansons dans cette version courte de l’ « Opéra de Quat’sous » de B.Brecht interprétées par Patrick Waleffe, Pascale Vyvère, Pierre Géranio et Gaëlle de Crombrugghe en mai 94. Un régal ! Dommage que le spectacle n’ait pas pu être monté dans son intégralité.

La deuxième partie des années 90 est particulièrement riche en spectacles de théâtre. Ils se multiplient. Alors que jusqu’à présent, la Soupape n’ouvrait généralement que les week ends, des séries de trois jours ont parfois lieu pour le théâtre. J’en cite quelques uns qui m’ont marqué :

Dans le cadre des ATELIERS CHANSON, Patrick Waleffe monte des spectacles joués et chantés absolument mémorables :
- « La Périchole » d’Offenbach (avril 93) avec notamment N.Delattre, N.Stas, V.Sonneville, Anne Van K., Mousse,…
- « Mistero Buffo » de Dario Fo (avril et sept. 95) avec notamment Frédérik Haugness, Chantal De Bodt, Katalin Vital…et la formidable Isabelle Fontaine au piano.
- « Mahagony » de B.Brecht et K.Weill (mai 96) avec notamment D.Hurdebise, Régine Galle, Noria, Vincent Raoult,…
En me remémorant ces spectacles, je me rends compte que ce sont ceux qui allient à la fois le chant et le théâtre qui m’apportent les plus grands plaisirs !

- La création de la pièce de Pierre Géranio « Espace Paradis » interprétée aussi par Philippe Martin. Un huis clos à la fois comique et oppressant où le ventilateur du fond de la scène joue pour la première fois un rôle important ! (Novembre 94 et la reprise en mars 95)
- La toute première des « Souffleurs aux gradins » avec leur spectacle d’improvisation en janvier 95, puis en avril et enfin une dernière fois en janv. 96.
- La pièce hilarante « Epousailles » avec Michel Hinderycks et Marie Hélène Remacle en février 95.
- « Les Fabliaux érotiques » interprétés par Sandrine Bonjean, Nathalie Stas, Nathalie Hanin, Michel Hinderyckx (encore lui !) et Laurent Renard. Que du beau monde !
- Puis le fameux spectacle de Benoit Verhaert et Vincent Raoult « Badineries » aux mois de juillet et de novembre. Mais en était-ce la création ? Je pense bien.
- Ah ! Ces « Divas in furore » avec Nathalie Borgomano, Diana Gonnissen,…en décembre avec une reprise en avril 96. Quel bonheur !

COUP DE THEATRE au mois de janvier 1996 !
Un soir, en pleine répétition, un agent immobilier sonne à la porte : « Je viens pour la vente de la maison ! » : Les propriétaires, sans même m’avoir prévenu, avaient décidé de vendre la maison. Je dois m’asseoir ! La tête me tourne. Catastrophe. Fini la Soupape !
Que vais-je faire ? Chercher un autre lieu à louer ? Tout recommencer à zéro après bientôt 20 ans ? Je n’en aurais pas le courage. Après plusieurs jours de réflexion, d’avis et de conseils donnés par les amis, je me rends à l’évidence : La seule solution est de racheter moi-même la petite maison qui héberge la salle. Je regarde l’état de mes finances : pas terrible. Il est vrai que comme je travaille à mi-temps dans mon bureau, je n’ai évidemment pas fait de grosses économies ! J’ai bien fait, il y a une dizaine d’années, un petit héritage d’une vieille tante… Je me fais alors la réflexion suivante : Comme tout le monde, aussi bien les spectateurs que les artistes, me déclare très régulièrement que la Soupape, c’est vraiment super, pourquoi ne pas leur demander un petit soutien, une petite aide sous forme de prêt, voire de don ?
Le résultat est extraordinaire. En quelques semaines, près d’un million de francs est récolté en prêts ou en dons ! Quel merveilleux soutien ! Qu’aujourd’hui, ils en soient encore tous remerciés ! Quelques mois plus tard, la Soupape pouvait continuer d’exister !

Au même moment, Patrick Waleffe crée « L’homme à trou faire (le retour) ».
En mars, une adaptation du roman de l’auteur algérien Rachid Boudjera, « L’escargot entêté », est créée par le comédien Frédérik Haugness.
Quand il avait 16 ou 17 ans, ce dernier venait régulièrement en spectateur. Il m’avait dit être fort intéressé par le théâtre au grand désespoir de son père qui l’accompagnait. Celui-ci le voyait plutôt faire des études universitaires ! Je lui ai alors suggéré d’en faire l’expérience en s’inscrivant à l’Académie chez Bernard Marbais. Il s’est révélé avoir beaucoup de talent et après sa sortie de l’IAD, il ne cessera de jouer dans tous les théâtres bruxellois…!

Au mois d’octobre 96, Pierre Johnen vient jouer sa pièce « Recensement » avec Gaelle de Crombrugghe puis, un an après, une reprise avec la chanteuse-comédienne Anouk.

Je n’oublie pas l’humoriste ZIDANI avec « La petite comique de la famille » (en 92 et 96)

Pour l’année 1997, je pointerais quelques spectacles :
- Au mois d’octobre, « Les Fléaux » avec Samuel Tilman et Fabrizio Rongione qui jouera plus tard dans plusieurs films, avec parfois des rôles importants (Rosetta, L’Enfant et plusieurs autres films belges, français ou italiens).
- Puis « Nos monstres », un spectacle musical de Bruno Huisman avec Patrick Waleffe, Nathalie Stas, Marc De Roy, Manuela Ammoun et Bernard Brandes en novembre.
- Et enfin l’hilarant « Etats de couple » avec M. Hinderycks (toujours lui !) et Catherine Swartenbroekx en décembre 97, avec une reprise en 2000.

Commence alors une courte, mais bien agréable tradition qui durera quatre années : la programmation de Repas Spectacles pour les réveillons.
- Avec en 1997, « Le monte plats » de H.Pinter avec Philippe Martin et Pierre Johnen (mise en scène : Claude Enuset).
- En 98, avec un spectacle Labiche : « Les deux timides » et « Embrassons-nous Folleville » avec Colette Sodoyer, Nathalie Stas, Pierre Johnen, Philippe Martin et Laurent Renard (mise en scène : Claude Enuset).
- En 99 : « Mathieu trop court, François trop long » avec Pierre Hardy et Philippe Martin.
- Et enfin en 2000 l’ultime et dernière reprise de « Photo de famille » de et par Alain Montoisy.
Chaque fois les excellents repas sont préparés par Reine, la maman de Nathalie Stas, sauf pour le dernier réveillon : Je m’y mets moi-même ! Un « waterzoi » qui s’est révélé être plutôt dégueulasse !!! Mais l’ambiance était chouette !

Durant l’année 99, après les festivités du 20ème Anniversaire qui dureront presque un an (voir plus loin), quelques spectacles :
- La nouvelle création d’un vieil habitué, Jean Louis Danvoye : « To see or not to see » (juin) qui sera repris en 2000.
- Un super spectacle Feydeau « Duo à trois » joué et chanté par Valérie D’Hondt, Valéry Bendjilali (qui fera aussi les Ateliers Chanson) et Sébastien Kempenaers dans une mise en scène de Michel Guillou qui revient ainsi à la Soupape 18 ans après les « Exercices de style » (mars et sept.).
- La « Serva padrona » un mini opéra d’après Pergolese accompagné par un orchestre de chambre et interprété par Diana Gonnissen et…SHADI TORBEY ! Celui-ci sera plus tard l’un des grands finalistes, en chant, du Concours Reine Elisabeth !!
- Et enfin la création en novembre 99 de « Nuages au nord, soleil au sud » de Nedjar Djavadi avec Françoise de Gottal et Laurent Verrellen. Celui-ci reviendra jouer dans un spectacle Vaclav Havel en nov. 2006.

Ce que je trouve passionnant, c’est de pouvoir assister aux répétitions qui ont parfois lieu ici pendant plusieurs semaines. Parfois je fais une suggestion, donne un avis, crée les éclairages, d’autant plus que pour la plupart d’entre eux, je fais la régie. De cette manière, je participe un peu à la naissance d’un spectacle, à sa création, j’y joue un rôle actif. Et j’adore cela. Je ne fais pas qu’accueillir des spectacles ou des chanteurs. D’ailleurs, lorsqu’une pièce est répétée et créée à la Soupape, on parlera parfois de « coproduction ».

ET MOI ET MOI ET MOI…?!! (suite)

A force de voir des chanteurs, l’envie de découvrir ce que c’est de « chanter » me titille peu à peu ! Au milieu des années 80, je m’inscris à un stage de voix avec le fameux Serge Wilfart. Une révélation ! Je découvre ma voix chantée ! Quelle sensation extraordinaire ! De plus, j’ignorais tout à fait que j’avais des « basses », comme on dit. Je me rappelle marchant dans les couloirs de cet ancien monastère où avait lieu le stage. Je chante des « Ah…» sonores et puissants qui résonnent sous les voûtes ! C’est la première fois que j’entends cela ! Un sentiment inconnu de grande force m’envahit tout entier !
Cela me donnera l’envie de poursuivre et de faire, pour le plaisir, un travail de la voix. J’irai, pendant deux ans, chez un professeur particulier.
Puis, quelques années plus tard, poursuivant ma petite exploration, je vais suivre un stage de clown. Génial !
Ensuite, à l’occasion d’une soirée cabaret, je prendrai un énorme plaisir à me parodier et à me moquer, en clown, de mon propre personnage de « directeur » de café-théâtre !
A l’occasion de fêtes d’anniversaire, avec la chanteuse Anouk, je me lancerai à interpréter quelques duos, comme : « Alabama Song » de K.Weill, « L’amour est enfant de Bohème » de Bizet, ou encore « L’hymne à l’amour »,…! Un très grand plaisir !

Tout cela me donne envie de remonter sur scène. La dernière fois, c’était en 1985 avec « Un Léger accident ».

C’est ainsi qu’un jour de 1992, grâce à certaines nouvelles rencontres, un nouveau projet naît. Un grand projet. Ambitieux, difficile : Monter une adaptation de DON QUICHOTTE avec les chansons de « L’Homme de la Mancha » ! Ce spectacle que j’avais vu au Théâtre de la Monnaie interprété par Jacques Brel plus de 20 ans auparavant était resté gravé dans ma mémoire. La réalisation d’un rêve ! « Rêver un impossible rêve » !

Je commence donc par en écrire une adaptation. Marc De Roy, Anouk, Victor Sheffer et moi, nous nous réunissons pour une première lecture. Cela tient la route. Il nous faut maintenant trouver un metteur en scène. Ce sera Axelle Marique. Pour l’accompagnement des chansons, il faut un pianiste. Ce sera Marie Guy. Nous commençons les premières répétitions. La mayonnaise ne prend pas bien. C’est la cata. Problèmes avec la pianiste et la metteuse en scène.
Pour l’accompagnement de certaines chansons, on décide alors de prendre plutôt un accompagnement enregistré, tandis qu’Anouk jouera du piano pour les autres chansons.
Marc De Roy sera Sancho, Anouk jouera Aldonza, Victor Sheffer sera le patron d’un bar et moi-même…Don Quichotte !! Excusez du peu !!

Patrick Waleffe reprend la mise en scène. Il a plein d’idées géniales. L’espace de jeu est tout à fait modifié. Toute la salle est utilisée. Nous allons jouer partout, mais principalement au milieu de la salle devant le bar. Les spectateurs se font face. Les uns sur la scène, les autres, de l’autre côté. La première scène du spectacle a lieu près de l’entrée. L’âne et le cheval Rossinante sont remplacés par deux vélos ! Un petit et un grand. Sancho sur le petit et Don Quichotte sur le grand ! Lorsque la lumière s’allume, tous deux chantent en pédalant ! « Ecoute-moi, pauvre monde… ». L’effet sera impayable !

Au cours des répétitions, j’ai beaucoup de difficultés à entrer dans le personnage. J’ai tendance à « fabriquer ». Il est vrai que j’ai toujours fait ainsi. Je dois balayer tous mes « trucs ».
Etre simple, sincère, vrai. Se lâcher. Dur dur. Cela me fait très peur. C’est comme être tout nu sur la scène. Puis un jour, il y a comme un déclic. Je prends du plaisir à lâcher prise. Je ressens même certaines émotions. On me dit que je deviens touchant, que Don Quichotte devient touchant. Je parviens à devenir Don Quichotte ! C’est gagné !

Au mois de novembre, nous présentons deux « Avant premières » devant des amis. Il y a encore du travail, mais les réactions sont très positives. Quatre séries de représentations, soit 16 au total, auront ensuite lieu durant l’année 93.
Le spectacle sera repris pendant six ans ! En juin 94, puis en mai 97 à l’occasion de mes 50 ans, et enfin en juin 98, totalisant près d’une cinquantaine de représentations !!
Je me rappelle d’un soir : toute la salle debout !!

A mon bureau, certains jours, par provocation, il m’arrive de chanter dans les couloirs la chanson de Don Quichotte : « Ecoute-moi, pauvre monde, insupportable monde, c’en est trop, tu es tombé trop bas, tu es trop gris, tu es trop laid, abominable monde, écoute-moi, un chevalier te défie… ». Je fais mon petit effet!

Vu le succès, nous avons voulu, avec une partie de l’équipe, monter un deuxième spectacle : « Ma Fichue Lady », une adaptation chantée que j’écris au départ de la pièce de G.B.Shaw, Pygmalion et de la comédie musicale, My Fair Lady. Anouk y interprète le personnage d’une femme de ménage qui sera transformée en « star » par le patron d’un cabaret. Je me rends compte que je ne suis pas très doué pour l’écriture, de plus je rentre difficilement dans ce personnage autoritaire. Le spectacle sera moins réussi (mars, juin et nov. 96). Il est vrai que succéder à Don Quichotte…!

Dans le prochain épisode, j’évoquerai les fêtes du 20ème anniversaire, je parlerai du concours de la Biennale de la Chanson ainsi que des autres lieux.
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don quichote

Message  nico le Dim 10 Aoû - 22:43

Hé ben Michel,

C'est avec beaucoup de nostalgie et d'emotions que j'ai replongé quelques années en arriere dans l'histoire de la génèse de Don quichotte.
C'est en effet pour moi une période important de ma petite vie...
A la prochaine reprise tu me fait signe?

Ton régiseur,
Nicolas Olivier

nico

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